Événements sportifs et sécurité : quelles perspectives pour l’Euro 2016 ? Par Michel Desbordes, responsable du pôle Sport du Groupe INSEEC

Quels enseignements pouvons-nous tirer en matière de sécurité après les attentats au Stade de France ?

La première chose à souligner, c’est l’efficacité des organisateurs du Stade du France qui ont assuré la sécurité des spectateurs le 13 novembre dernier du début du match, jusqu’à la sortie du stade. Les décisions prises étaient assurément les bonnes en laissant se poursuivre le match. Le bilan aurait pu être dramatique avec des mouvements de panique et de foule, alors comment pouvons-nous expliquer une telle efficacité ? L’expertise tout simplement ! C’est aujourd’hui une organisation bien rodée depuis 1998, date de l’inauguration du Stade de France. Déjà, lors du match inaugural entre la France et l’Espagne, une vague de froid avait frappé le pays et l’on dit que l’évacuation du public avait été menée en seulement sept minutes à l’époque. Depuis, les procédures d’évacuation ont été améliorées pour assurer la sécurité du public et éviter tout mouvement de panique. Sans compter les nombreuses barrières de sécurité avec des fouilles méthodiques et aussi la technologie qui évolue au service de la sécurité : détecteurs de métaux, caméras de surveillance… Grâce aux nombreux dispositifs de sécurité, le Stade de France est l’un des lieux les plus sûrs au monde.

 

Cette préoccupation vis-à-vis de la sécurité lors des événements sportifs est-elle récente ? Et en matière de sécurité contre des actes terroristes ?

La question de la sécurité dans les lieux sportifs pendant les grands événements a toujours été au cœur des préoccupations des organisateurs. Mais dans les années 1980, c’est un tournant décisif. Trois événements malheureux ont joué dans cette évolution, d’abord le drame du Heysel dû aux hooligans anglais de Liverpool en 1985 qui a fait 39 morts, le mouvement de panique de Hillsborough en 1989 qui a fait là encore 96 victimes et 18 morts lors de l’effondrement d’une tribune mobile en 1992, lors de la demi-finale de la Coupe de France au stade de Furiani à Bastia. Alors bien sûr, cela n’a rien à voir avec le terrorisme mais les organisateurs ont depuis retravaillé les procédures de sécurité.

C’est vraiment à partir des événements du 11 septembre 2001 que la sécurité lors des événements sportifs prend une dimension politique. Les organisateurs doivent présenter un cahier des charges strict en matière de sécurité anti-terroriste avec plus de garanties quantitatives : forces de l’ordre présentes lors de l’événement ? Combien de caméras de surveillance ? De portillons de sécurité ?…

La sécurité lors des événements sportifs est un enjeu majeur à tous les niveaux, que ce soit politique ou économique. Un attentat lors d’un événement sportif et c’est la chute de tout un pays et de l’image de l’organisation sportive. Économique, car la sécurité est un critère déterminant pour attirer les spectateurs, et notamment des femmes et des enfants. La logique est simple, assurer la sécurité d’un stade, c’est attirer plus de monde et donc générer plus de bénéfices.

 

Suite aux événements du 13 novembre, quelles sont les conséquences pour l’Euro 2016 en France ?

L’Euro 2016 est un événement médiatique d’ampleur internationale qui a donc une visibilité mondiale. C’est aussi un rassemblement patriotique, qui plus est en France, donc une cible privilégiée pour des attentats terroristes. Cependant, au niveau de la sécurité intérieure du stade, concrètement, cela ne va pas changer grand chose. Le risque terroriste est connu depuis bien avant les événements du 13 novembre. Je pense évidemment aux Jeux Olympiques d’Atlanta de 1996 et au marathon de Boston en 2013. Depuis, la France a développé une expertise pointue en matière de sécurité, la preuve en est, les terroristes n’ont pas pu rentrer au sein du Stade de France !

Le point négatif, c’est les « fans zones », c’est-à-dire les rassemblements gratuits pour vivre les matchs sur écran géant et attirer le public hors des stades. Plus qu’un simple visionnage, c’est une expérience ! C’est le fer de lance de toutes organisations sportives pour assurer la popularité de l’événement et attirer des dizaines de milliers de supporters du monde entier, même s’ils n’ont pas de billets. C’est l’occasion pour eux de vivre un moment intense, festif et culturel. Les « fans zones » boostent ainsi le secteur touristique grâce aux étrangers qui font le déplacement et vont donc consommer, se déplacer, se loger… Pour l’Euro 2016, l’état d’urgence fait qu’il n’y a pas pour l’instant de « fans zones » prévues, ce qui est préjudiciable pour les organisateurs et l’économie nationale. Tourisme en berne, achats en baisse,… Cependant, il y a fort à parier que des « fans zones » adaptées seront mises en place, comme par exemple dans d’autres stades avec toutes les mesures de sécurité actuelles que l’on connait. Affaire à suivre.

Télécharger le communiqué au format .pdf

Michel Desbordes : professeur d’université en France depuis 11 ans, récemment nommé professeur associé de la Shanghai University of Sport, Michel Desbordes est également chercheur et consultant pour les entreprises et les médias (l’Equipe, Europe 1, BFM, ou encore France Télévision). Ancien élève de l’ENS-Cachan, Michel Desbordes est docteur en sciences de gestion de l’Université de Strasbourg. Auteur de 25 livres de référence et de nombreuses publications scientifiques, il est également depuis 2009, rédacteur en chef de l’International Journal of Sports Marketing and Sponsorship.